5 enjeux à retenir du Sommet 100% local

2021-03-02
Ressources commerçantsDominique CaronFiche du commerçant

Un an s’est écoulé depuis l’éclosion de la pandémie de COVID-19 et c’est l’heure du bilan. Avec une économie fragilisée par des pertes d’emploi et la fermeture forcée des commerces, les entrepreneurs et les consommateurs québécois ont été contraints de modifier leurs habitudes. Comment envisager l’avenir du commerce local? Le Sommet 100 % local d’Infopresse a abordé plusieurs enjeux : en voici 5 à retenir. 


1. La dépendance internationale du Québec


 « Nous importons plus que nous exportons » a ouvert d’emblée le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon lors du Sommet 100 % d’Infopresse. L’exemple du masque N95, dont l’approvisionnement a été problématique en début de crise, nous aura appris à la dure l’importance de pouvoir subvenir nous-mêmes à nos besoins. C’est en partie pourquoi le gouvernement du Québec a bien l’intention de maximiser son autosuffisance, en diminuant sa dépendance internationale. « On est seulement 8,5 millions de personnes, on ne peut pas tout détenir », a tout de même admis M. Fitzgibbon. 

Du côté des consommateurs québécois, l’engagement écologique et social d’une marque est un facteur déterminant chez les adeptes d’achat local. Selon Mickaël Carlier, président de Novae, les relations avec les fournisseurs peuvent être réinventées ou repensées en gardant en tête son impact social, citant des exemples d’économie circulaire comme LOOP ou La Tasse


2. L’identification des produits québécois


Qu’est-ce qu’un achat local? L’achat de fraises québécoises chez Walmart ou bien d’une télévision coréenne chez un détaillant québécois sont-ils des achats locaux? Que faut-il privilégier? Chose certaine, les consommateurs veulent mieux comprendre l’origine des produits. Malgré des initiatives comme la certification Aliment du Québec, 70 % des consommateurs trouvent qu’il est parfois difficile de repérer les produits locaux en magasin, selon L’étude bleue de la firme de sondage Léger.

La bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit d’une baisse de 7 points par rapport à la mesure de mai 2020. Toutefois, il faudra considérablement réduire ce pourcentage pour que cette volonté d’acheter québécois persiste, selon Christian Bourque de Léger. Il s’agit d’une barrière d’achat importante qui nuit au commerce local à court et à long terme. D’ailleurs, les Chantiers sur l’avenir du commerce de détail au Québec, pilotés par Le Panier Bleu, ont fait de cet enjeu une priorité des prochains mois.


3. L’achat local après la crise


Le protectionnisme économique est un réflexe naturel en période de crise. C’est pourquoi la tendance vers l’achat local n’est pas unique au Québec, ni même au Canada. C’est un réflexe tout à fait normal qu’on a déjà observé dans le passé lors de récession économique. 

Christian Bourque a présenté dans le détail le portrait de la consommation locale au Québec, basé sur L’étude bleue, réalisée auprès de 1507 Québécoises et Québécois. Le sondage compare les tendances chez les répondants entre le mois de mai et décembre 2020. L’enjeu est déjà évident : on constate une baisse du côté des intentions d’achats locaux, situés à 58 % en mai puis à 40 % en décembre. Le véritable défi consiste donc à conserver l’intérêt des consommateurs après la crise.

La vaste majorité des acheteurs de produits locaux le font « pour aider l’économie locale » (76 %). Seul un faible pourcentage le fait « parce que les produits d’ici sont de meilleure qualité » (6 %) ou « pour éviter de dépendre de chaîne d'approvisionnement internationale » (9 %). Il s’agit, selon M. Bourque, des raisons les plus porteuses. Comme elles représentent des pourcentages substantiellement plus marginaux, c’est une tendance problématique pour l’avenir, et ce, dans tous les secteurs de biens et services incluant l’alimentaire.


4. Un marketing efficace et, surtout, authentique


Près de 25 % des répondants de L’étude bleue « commence à en avoir assez d’entendre parler de l’achat local », surtout les 18-34 ans. Selon le président de CROP Alain Giguère, miser sur les bonnes cordes sensibles des Québécois.es pourrait être très efficace et permettre de convertir en client la population déjà intéressée au marché local. Les chiffres de CROP indiquent que 31 % de la population croit qu’il est primordial d’encourager les produits et les marques de fabrication locale, même si cela implique de payer plus cher. Mais, pour cela, il faut que la marque se démarque (!)

« Il est clair dans la tête des gens qui achètent local, qu’ils achètent une expérience qui comprend celle du produit, mais aussi l’histoire du produit » explique M. Giguère.

Son authenticité, sa créativité, sa glocalité (identité locale), son engagement écologique et social et son caractère innovant sont des aspects déterminants pour l’acheteur. Une bonne stratégie marketing faisant écho aux valeurs et aux habitudes de ces consommateurs pourrait permettre aux commerçants québécois de tirer leur épingle du jeu. 


5. La compétition du marché numérique 


Eh oui, sans surprise, dans la liste des enjeux se glisse la compétitivité du marché numérique dominé par les géants du Web. Avec la crise sanitaire, les générations Y et les Z se sont plus facilement tournées vers le numérique, mais l’achat en ligne est tout de même une tendance en hausse depuis plusieurs années auprès des consommateurs, laquelle amène une sérieuse concurrence aux commerces locaux. 

Si le prix ne préoccupe pas les 31 % de l’ensemble des adeptes québécois d’achats locaux, il n’en demeure pas moins que 74 % des répondants de L’étude bleue affirment que les prix les plus avantageux financièrement en ligne sont rarement des produits locaux. C’est donc sans surprise que l’on constate que 60 % des répondants affirment que les produits achetés en ligne sont... rarement locaux! Selon Christian Bourque, un clivage générationnel se dessine avec les habitudes des 18-35 ans, une génération qu’il juge essentielle à la reprise économique.


Le ministre Pierre Fitzgibbon parle d’une nécessaire transformation numérique et d’un appui pour aider à cette transition :

« La pandémie a mis en lumière que beaucoup de modèles d’affaires doivent complètement changer. »

À ce propos, suite aux 50 recommandations issues des Chantiers sur l’avenir du commerce de détail au Québec lancés par Le Panier Bleu, Desjardins, Banque Nationale et l'OBNL ont investi conjointement 900 000 $ début 2021 pour jeter les bases d’un écosystème numérique québécois représentant une véritable alternative aux géants mondiaux du commerce en ligne. La démarche vise à créer une identification québécoise des produits et des commerces et à mettre sur pied une plateforme de vente transactionnelle commune pour les détaillants québécois tout en optimisant les processus logistiques entourant le transport et la livraison et en protégeant les renseignements personnels des consommateurs. Ses premiers pas sont prévus pour l’automne 2021.

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Dominique Caron
Dominique passe la plupart de son temps sur les sentiers du Québec à la découverte de nouvelles destinations pour la revue Rando Québec. C’est aussi une passionnée de culture et du monde des médias; signant des textes pour Le Trente, Séquences et Clin d’Oeil. Vous pouvez l’entendre à la radio de CISM 89,3.

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