Picolo Vélo : la vie d’un frêne sur deux roues

2021-03-16
Sports et loisirsYanaël AtmanFiche du commerçant

D’un atelier de Rosemont émergent des vélos uniques au monde. Haut de gamme, précis et extrêmement durables, les bolides Picolo sont bel et bien fabriqués en bois.

Lors de mes recherches pour mon dernier article sur le vélo d’hiver, je me suis penché vers plusieurs entreprises d’ici pour leur soutirer quelques judicieux conseils. Suite à un premier échange fascinant avec Loïc de Picolo Vélo, j’ai eu le feu vert de mon éditrice pour mettre les pleins phares sur leur audacieuse mission.

À califourchon entre rustique et scientifique

À des années lumières de la bicyclette d’antan décorative qui orne certaines pelouses, cette innovation québécoise bat des records, tant dans ses prouesses que dans sa durabilité.

Avant de commercialiser leur premier modèle en 2018, il aura fallu trois ans de recherche à Pierre Laplante, Nicolas Goupil et Loïc Dehoux pour obtenir le produit redoutable qui double maintenant aisément la compétition.

« L’idée est d’offrir aux cyclistes exigeants un produit qui répond aux attentes de confort et de performance, au-delà de tout ce qui existe sur le marché », explique Loïc. Le matériau atypique est choisi pour répondre à ce besoin. « Oui, il y a le côté esthétique, mais c’est un bonus. »

Bien qu’on puisse faire l’erreur de s’imaginer une matière vivante, verte et friable, Picolo se mesure à toutes épreuves, résistant et prêt à en prendre !

« On fabrique nos vélos pour qu’ils durent toute la vie du cycliste. »

Picolo vélo
Picolo Vélo

Au-delà du beau

Partant d’abord de critères rigoureux, la mission était simplement de faire un meilleur vélo, le bois étant la solution. Le tout requiert un travail manuel intense et des étapes cruciales exécutées par des machines minutieusement calibrées. Il s’agit d’un processus technologique poussé. À l’atelier Amik sur la rue Masson à Montréal, là où opère Picolo, l’exactitude est clé.

« Étant donné qu’on a l’ambition d’être un des leaders mondiaux de la fabrication des vélos en bois, on se doit d’avoir une grande constance », dit Loïc.

D’un point de vue technique, chaque vélo est identique. C’est purement au niveau esthétique que la texture, le grain et les rayures du bois font de chaque spécimen un paysage unique.

Picolo vélo
Picolo Vélo

Rien ne freine le frêne

Parmi toutes les essences de bois natives à notre terroir, l’une d’elle pouvait se vanter d’un grand avantage. « Traditionnellement, le frêne est utilisé pour les manches d’outils, les bâtons de baseball, tous les instruments qu’on utilise et qui ont besoin d'absorber les vibrations » raconte Loïc, supporté par des études avancées sur le sujet. 

« On est allé mettre des chiffres sur toutes les hypothèses avant de fabriquer notre vélo. »

Les recherches ont été effectuées avec l’aide d’ingénieurs et d’experts au laboratoire FP Innovation, spécialisé dans le bois, puis avec le labo Velus de l’Université de Sherbrooke, ainsi que l’Université de Sherbrooke, le Faction Bike Studio, l’Université de Laval, l’École Polytechnique et l’ÉTS

« On a comparé nos vélos avec des vélos en acier, en titane et en carbone. Avec le frêne, on est 25 % supérieur au niveau de l'absorption des vibrations. C’est vraiment très important comme différence », insiste-t-il. « Le spécialiste qui a fait les tests en question n’en revenait pas. »

Cet atout, traduit par un confort accru pour les cyclistes, est naturellement présent dans le bois. Encore trop peu exploité dans l’univers compétitif, le frêne est d’une densité idéale et se cintre bien, avec un poids équivalent aux cadres standards en acier.

Picolo vélo
Picolo Vélo

Beau temps, mauvais temps

Il est normal de se demander : le bois n’est-il pas en constante expansion selon les différentes températures et variations d’humidité ? À quoi peut-on s’attendre lorsqu’on expose un tel bolide aux intempéries ?

Loïc nous rassure que les fibres sont à l’abri. « Comme notre vélo est complètement scellé, que ce soit à l’intérieur comme à l’extérieur, il ne bouge pas. Il y a des premiers prototypes qui ont 6 ans et qu’on maltraite, parce qu’ils sont là pour ça », dit-il en riant. « On ne leur fait pas de cadeau et ils n’ont absolument pas bougé ! Vous pouvez rouler dans n’importe quelle condition, sous une pluie battante, dans la neige, dans la poussière. »

Dans un rayon près de chez vous

Pour se démarquer localement, puis à l’international, Picolo a d’abord lancé un modèle de vélo de route. En novembre 2020, un gravel bike, variante très à la mode qui touche au meilleur des deux mondes, s’est ajouté au catalogue. 

« C’est l’heureuse combinaison d’un vélo de route performant et d’un vélo tout terrain. Il permet d’aller dans des sentiers non carrossables. » Au lieu de stocker deux vélos dans son garage, cette seule monture permet de rouler sur un sentier forestier tout aussi bien que sur une route asphaltée.

« Notre ambition, c’est aussi de sortir prochainement un vélo de ville, puis de le décliner avec une assistance électrique. Et pourquoi pas des vélos cargo ? » 

« C’est Pierre qui les dessine, qui les pense, qui les torture dans sa tête et qui les amène à ce qu’ils sont. Nicolas est là pour tout ce qui est technique d’usinage. Moi, je suis au niveau des communications, des relations avec les partenaires et avec la clientèle » dit Loïc.

La tâche de ce dernier s’étendra prochainement jusqu’aux États-Unis et Picolo brillera même en France, dès le 17 mars 2021, via la Cyclerie, boutique en région parisienne.

Picolo vélo
Picolo Vélo

De quoi épater la galerie

Par sa rareté, voir filer une aussi belle bécane fait l’effet d’une bagnole de collection, mais souhaitons que nos pistes pullulent bientôt de pareilles œuvres d’art mobiles, en passant par le vélo d’emplettes jusqu’au vélo de course. Imaginez votre panier de légumes du marché, fraîchement livré à dos de Picolo !

« On veut proposer quelque chose qui n’existait pas. On ne veut pas être éphémères », professe Loïc.

Dès un déconfinement éventuel, Picolo prévoit organiser des courses, randonnées et rassemblements de fiers clients. « On est toujours en communication avec les gens qui ont acheté nos vélos, dès la première année. (...) On veut créer une communauté Picolo Vélo... À suivre ! »

Yanaël Atman
À travers le blogue La Décapsule, ce fou du houblon et fervent locavore réalise des capsules web, articles de dégustation, conférences et chroniques radio aux côtés de son frère Alex. Depuis 2012, ils propagent ainsi la campagne Boire Local : une devise festive, un geste à échelle humaine qui peut impacter concrètement les artisans, un effort visant à stimuler l’économie, la culture et la créativité du coin, tout en réduisant notre empreinte écologique. La récompense? Des produits plus frais, plus sains et toujours plus goûtus.

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